Les agriculteurs se sont mobilisés pour dénoncer l’accord avec le Mercosur. En Haute-Marne ils ont contrôlé des camions frigorifiques pour vérifier l’origine des produits le 15 janvier. Cinq jours plus tard, une délégation départementale a participé à la manifestation à Strasbourg.
Les agriculteurs se sont à nouveau mobilisés contre les accords de libre-échange entre l’UE et le Mercosur. Premier acte en Haute-Marne le 15 janvier à l’initiative de la FDSEA, FDPL et JA 52. Les agriculteurs se sont rassemblés aux sorties d’autoroutes à Laferté sur Aube, Semoutiers, Val de Meuse, Rolamont et Pierrefontaines.
Ils ont arrêté les camions frigorifiques, donné au chauffeur une feuille expliquant les raisons de leur mobilisation, consulté la liste de transport et contrôlé l’origine de la marchandise quand les poids lourds n’étaient pas plombés.
Sensibiliser
Les syndicats évoquent plus de 350 contrôles sur la journée, dont la grosse majorité s’est déroulée à Pierrefontaines, Rolampont et Semoutiers. Les JA de l’Aube sont venus prêter main-forte à leurs collègues au péage de Laferté sur Aube. Ces mobilisations se sont passées dans le calme, avec parfois la présence de personnes de la société civile en soutien à la mobilisation.
Sandrine Brauen, secrétaire générale de la FDSEA 52, faisait partie de la délégation haut-marnaise présente à la manifestation à Bruxelles le 18 décembre dernier.
C’est donc logiquement qu’elle s’est mobilisée une nouvelle fois contre le Mercosur en Haute-Marne. « Nous souhaitons sensibiliser sur les produits qui viennent de l’étranger », explique-t-elle. « un accord commercial qui met 25 ans à être signé prouve que cela n’est pas un bon accord ».
Un accord injuste
L’accord avec le Mercosur est vécu comme une injustice pour les agriculteurs français. Aubin Hemonnot, président JA du canton de Clefmont-Montigny dénonce une concurrence déloyale : « En France on nous interdit de produire comme les agriculteurs sud-américains, nous n’avons pas les mêmes normes sociétales et environnementales. On n’a pas les mêmes charges, pas les mêmes contraintes ». Il plaide même pour une harmonisation des règles au sein de l’Europe : « Nous avons des normes européennes, mais aussi des normes françaises qui se rajoutent. On devrait avoir une cohésion européenne que tout le monde soit à armes égales ».
« On sort d’une bonne année en viande avec des prix rémunérateurs, mais si on autorise 100 000 tonnes supplémentaires d’Amérique du Sud cela va avoir forcément un impact sur le cours de la viande. Et si les prix ne sont plus rémunérateurs, cela n’encouragera pas les jeunes à s’installer », prévient Sandrine Brauen.
De plus cet accord est lourd en bilan carbone : « En faisant des vaches au Brésil où ils sont en train de déforester, puis en les expédiant en Europe, le coût environnemental est aberrant. Bizarrement on n’entend pas les écologistes et les défenseurs du bien être animal sur ce sujet », observe Sandrine Brauen.
Au péage de Val-de-Meuse les agriculteurs ont alerté également sur les dégâts de la prédation lupine. Les agriculteurs dénoncent « une incompatibilité entre le loup et l’élevage », qui met en péril toute une filière.
Le loup a d’ailleurs attaqué dans la nuit du 11 au 12 janvier à Bassoncourt, sur des ovins appartenant à Louis-Baptiste Brutel. 6 agneaux sont morts et 20 ont dû être euthanasiés. Triste record en ce début d’année.
L’éleveur, victime d’une autre attaque une semaine après causant la mort de deux brebis, a décidé d’arrêter la production ovine.
Deuxième acte à Strasbourg
Les trois syndicats sont également allés manifester à Strasbourg le 20 janvier près du Parlement européen où les eurodéputés devaient se prononcer pour une éventuelle saisine de la cour de justice européenne sur l’accord avec le Mercosur.
Pour cette délégation haut-marnaise d’une trentaine d’agriculteurs, « il est nécessaire que les eurodéputés entendent nos voix. Et que le Mercosur ne passe pas ».
Sandrine Brauen insiste : « Il faut défendre notre pays sinon on va faire l’enterrement de l’agriculture française comme on l’a fait pour l’industrie et le textile ».
Aux côtés de leurs homologues de la France entière, mais aussi de plusieurs pays européens, les agriculteurs se disent « déterminés à défendre notre métier, notre souveraineté alimentaire et l’avenir de nos territoires ruraux ».
Pour Sandrine Brauen « Il faut des actes forts, très concrets et rapides de la part de nos politiques. On attend des lois dès aujourd’hui ».
Jointe le 21 janvier après la publication des résultats du vote, la FDSEA se félicite de cette victoire syndicale, mais reste prudente, car la bataille n’est pas gagnée définitivement.
En effet, la Cour de Justice est désormais saisie pour vérifier la conformité de l’accord. Elle examinera pendant 12 à 18 mois les textes avant de rendre son avis. S’il est négatif, l’accord UE-Mercosur serait bloqué à moins qu’il ne soit modifié. A contrario, si elle rend un avis positif, les eurodéputés devront se prononcer pour adopter l’accord. La FDSEA assure qu’elle sera alors vigilante.

