Laurent Duplomb : « Nous sommes arrivés à un point de bascule inquiétant pour notre souveraineté alimentaire ».

Laurent Duplomb : « Il faut retrouver notre capacité de production »

Le sénateur Laurent Duplomb sera l’invité exceptionnel de la session interdépartementale des Chambres d’agriculture de l’Aube et de la Haute-Marne qui se déroulera le mercredi 11 mars en matinée au Mémorial Charles de Gaulle à Colombey-les-Deux Eglises. Nous avons posé trois questions au parlementaire.

Quel regard portez-vous sur la situation agricole en France ?

Laurent Duplomb : La France décline, et les rapports et chiffres de ces dernières années le démontrent de façon alarmante. Entre 1993 et 2010, le revenu européen agricole a progressé de 38 % en Europe et de 65 % en France. Entre 2010 et 2024, le revenu européen agricole a progressé de 77 % dans l’Europe, mais il n’a progressé que de 15 % en France. Cette perte de revenus est la conséquence même de « l’agroécologie » et de « la montée en gamme » des politiques qui se traduisent par des contraintes que l’on impose en plus aux agriculteurs, sans vérifier que cela impactait négativement leurs revenus. Il y a 20 ans, la balance commerciale agroalimentaire en Europe était déficitaire, alors qu’en France c’était exactement l’inverse avec un excédent de 12 milliards d’euros. En 20 ans, l’Europe a vu sa balance commerciale agroalimentaire s’accroître de 50 milliards d’euros, ce qui représente le deuxième plus gros excédent mondial derrière le Brésil, devant les États-Unis et la Chine.

Alors qu’en France, en 20 ans, la balance commerciale agroalimentaire a dévissé, passant de 12 milliards d’euros au plus haut, à, fin décembre 2025, un déficit de – 355 millions d’euros, alors que dans le même temps en Espagne, pays semi désertique, avec 18 % de surface agricole en moins par rapport à la France, affiche à fin novembre 2025, un excédent de 18 milliards d’euros.

La France est devenue « l’homme malade » de l’Europe ; elle importe plus qu’elle n’exporte !
Nous sommes arrivés à un point de bascule inquiétant pour notre souveraineté alimentaire. Je rappelle que nous consommons déjà 75 % de fruits et 60 % de légumes importés. Nous ne pouvons continuer à fermer les yeux et à balayer la poussière sous le tapis.

Selon vous, quelles sont les mesures prioritaires que doit contenir le futur projet de loi d’urgence agricole ?

L.D. : Ce texte, qui doit être examiné au Sénat avant l’été, devait, selon la présentation initiale, comporter des mesures sur l’eau, sur la lutte contre la prédation et sur les « moyens de production ». Ce sont des sujets essentiels pour lesquels il y a une forte attente de la part du monde agricole. Je souhaite que les mesures qui seront débattues et entérinées soient à la hauteur des enjeux !

Quels sujets allez-vous aborder lors de la session de la Chambre d’agriculture ?

L.D. : J’aborderai le travail parlementaire que j’ai engagé depuis 9 ans, à travers des rapports et des propositions de lois que j’ai portés, et qui n’ont eu de cesse de rappeler l’importance de redonner de la compétitivité à la Ferme France.

Un travail qui a porté ses fruits et qui s’est traduit par des avancées significatives avec la loi d’orientation agricole, puis cet été, par la promulgation à 90 % de la Loi Duplomb 1 et, tout récemment, le dépôt de la Loi Duplomb 2 qui vise à atténuer une surtransposition française relative à l’utilisation de produits phytopharmaceutiques afin d’éviter la disparition de certaines filières agricoles. La proposition de loi, se résume en trois articles. Le premier doit permettre pour trois ans d’enrober la graine de betterave à la flupyradifurone ; le second ouvre pour un an la pulvérisation des cultures annuelles telles que la betterave avec l’acétamipride et la flupyradifurone ; l’article 3 réautorise pour trois ans, sur la noisette, la pomme et la cerise, la pulvérisation avec l’acétamipride et la flupyradifurone.

Je mène ce combat car derrière chaque ligne de la loi, il y a des femmes, des hommes, des savoir faire et des paysages que je refuse de voir disparaître, alors que les autres agriculteurs européens ont le droit d’utiliser des moyens de lutte contre les ravageurs de leur culture, nous resterions en France dans cette injustice de ne pouvoir faire de même. Tout cela se traduit par une hypocrisie bien française qui consiste à consommer des aliments importés car devenus impossibles à produire chez nous ! Il faut retrouver notre capacité de production afin de nourrir tous les Français, conserver nos territoires et retrouver notre souveraineté alimentaire.