La Chambre d’agriculture tire la sonnette d’alarme sur cette sécheresse qui impacte toutes les filières.

Sécheresse : une baisse globale des rendements de 30 %

Le 2 octobre, les élus de la Chambre d’agriculture se sont déplacés au Gaec de l’Oudin à Oudincourt, pour évoquer la campagne agricole 2026. Face à une sécheresse exceptionnelle, la Chambre consulaire réaffirme son accompagnement.

Thierry Lahaye, président de la Chambre d’agriculture alerte sur les difficultés rencontrées actuellement par le monde agricole, avec « une sécheresse jamais vue. Toutes les filières sont impactées ». La Chambre annonce des chiffres alarmants : -30 % de rendements (céréales, oléagineux, protéagineux), -50 % d’ensilage maïs, -40 % de foin et d’ensilage d’herbe. A cette perte d’autonomie alimentaire des élevages s’ajoutent les hausses du GNR et de l’engrais azoté, respectivement de +167 % et de +170 % entre 2020 et 2026.

En système bovin lait, le surcoût dû à la sécheresse s’établit à +45€/1000 litres alors que les prix du lait, des vaches de réforme et des veaux mâles reculent respectivement de -13 %, -5 % et -12 % par rapport à 2025. En bovin viande le surcoût climatique est de +186 € par vache allaitante, qui s’ajoute à un prix des vaches repassé en août dernier sous son niveau de 2025 et à un prix des broutards en repli de -12 % par rapport à 2025.

Manque de fourrage

Les inquiétudes sont tournées très largement vers le manque de fourrage chez les éleveurs. Certaines exploitations n’ont pas de stock suffisant pour tenir jusqu’à la prochaine campagne. Cette sécheresse touche plus généralement l’Europe et donc les capacités à aller chercher du fourrage ailleurs. Et l’inquiétude demeure pour l’implantation des cultures pour la prochaine campagne. Le climat est aussi particulièrement dévastateur pour les cultures maraichères.

La Chambre d’agriculture a mené une enquête auprès de ses ressortissants pour chiffrer l’impact de la sécheresse (lire en encadré). Pour Thierry Lahaye, cette situation est « très préoccupante », avec une perte de chiffre d’affaires estimée à 90 millions d’euros pour la ferme Haute-Marne. L’Etat a mis en place une politique de soutien, dont un fonds de réarmement agricole doté d’1,2 million d’euros pour notre département. L’aide devrait se situer entre 6000 et 10000 euros et bénéficier à environ 200 fermes. La Chambre d’agriculture souhaite les flécher vers les exploitations les plus fragiles économiquement, mais selon elle « le soutien n’est pas à la hauteur de la situation ».

« Ce n’est pas l’argent qui va permettre d’avoir du fourrage puisqu’il n’y en a pas de disponible sur le marché. Ce soutien fait du bien au moral, mais il y a toujours cette inquiétude : comment va-t-on arriver jusqu’à la saison prochaine ? », se soucie Bernard Flammarion, vice-président de la Chambre d’agriculture. Le manque de fourrage fait craindre une décapitalisation des élevages, ce qui entrainerait un engorgement du marché et mécaniquement une baisse du prix de la viande.

Dispositifs d’accompagnement

Face à ce constat, la Chambre d’agriculture reste mobilisée sur le terrain et propose différents accompagnements. Tout d’abord la cellule Réagir, qui est destinée aux exploitants présentant des fragilités technico-économiques, sociales, de santé, administratives, juridiques ou réglementaires. Elle peut apporter un soutien technique « pour repositionner l’exploitation par rapport à son contexte économique, faire une analyse stratégique et lui redonner de l’élan », explique la Chambre d’agriculture. Le dispositif Réagir propose aussi un soutien humain, à l’instar du dispositif Agri Ecoute, piloté par la MSA.

La Chambre d’agriculture peut réaliser gratuitement un bilan fourrager chez les éleveurs. Les ressources disponibles sont évaluées pour anticiper un éventuel manque de fourrage, et mettre en place un plan d’action adapté pour la prochaine campagne fourragère. Un autre accompagnement technique se penche sur la gestion de l’eau : l’analyse des usages pour élaborer un plan d’action personnalisé afin de renforcer son autonomie. Enfin, la Chambre d’agriculture propose des formations dédiées à la gestion de trésorerie.

« Les agriculteurs doivent se rapprocher de tous les services techniques de la Chambre d’agriculture », conseille Thierry Lahaye.

Adapter les systèmes

Pour Thierry Lahaye, « l’année 2026 nous montre le chemin que prend le climat, il faut qu’on réfléchisse à l’adaptation de nos systèmes ». Il parle de mixer les compétences avec d’autres Chambres d’agriculture, et côtés exploitants de sécuriser les approvisionnements en fourrage ou encore de s’appuyer sur des ateliers ateliers complémentaires comme la volaille. « Il y a un gros travail à faire sur l’aspect structurant des exploitations. Aujourd’hui une exploitation résiliente est multi-productions : céréales, élevage, énergie… c’est une ferme qui ne met pas tous ses œufs dans le même panier ».

La sécheresse entraine des difficultés d’accès à l’eau. Pour le président de la Chambre d’agriculture, la question du stockage se pose, « cela peut être la valorisation des toitures de ferme, il est possible de récupérer 10 000 m³ d’eau dans l’année. On peut aussi profiter d’ouvrages existants pour faire des retenues afin de mettre de l’eau à disposition des collectivités et de l’agriculture, voire de l’industrie si besoin ». Il souligne que la priorité des usages de l’eau en agriculture reste l’abreuvement des animaux.

« La gestion de l’eau est un débat de territoire qui doit se mener avec tous les acteurs économiques et les collectivités », insiste Thierry Lahaye.

Tirer les leçons de la sécheresse

Au Gaec de l’Oudin, Raphaël Bardelle a vu sa production laitière passer de 32 kg à 26 kg par vache à cause de la sécheresse. Il a réalisé de gros stocks d’enrubannés l’année dernière et a acheté 26 ha de maïs, en plus de ses 50 ha. « Cette année ça va être tendu, mais on va essayer de ne pas décapitaliser », explique l’éleveur.

« On doit pouvoir tirer les leçons de 2026, cette année doit nous faire évoluer », ajoute Thierry Lahaye. Selon lui les exploitations agricoles subissent de trop nombreuses normes. « Les pays qui ont une agriculture solide, comme la Pologne, sont ceux qui ne font qu’appliquer les règlements européens sans les sur-transcrire. Le problème c’est que nous avons une réglementation franco-française qui est extrêmement complexe et qui vient systématiquement dégrader la production ».

Afin de redonner une dynamique à l’agriculture haut marnaise, la Chambre d’agriculture invite les exploitants agricoles à se rendre au forum des opportunités le 5 novembre à la scierie de Dommartin-le-Saint-Père (lire également en page 08). Cet évènement se veut un rendez-vous d’affaires agricoles où les agriculteurs rencontreront des entreprises et des acteurs économiques capables d’accompagner leurs projets. « L’objectif est de susciter l’envie de créer des ateliers ou de modifier l’existant pour que les exploitations soient plus résilientes », indique Thierry Lahaye.

Thibaut Morillon

La sécheresse touche les productions, la trésorerie et l’humain

La Chambre d’agriculture a réalisé une enquête auprès de 321 fermes pour mesurer l’impact de cette campagne difficile, qui touche toutes les productions. 89 % des exploitants interrogés ont eu une perte de fourrage. Les éleveurs font face à une baisse de production de viande et de lait, avec des problèmes de reproduction, de surmortalité et d’avortements dans leurs cheptels. 38 % des répondants ont eu des difficultés d’accès à l’eau.

Les agriculteurs ont déclaré un surcoût dû à la sécheresse de +15 000 euros en moyenne. La moitié des exploitants enquêtés estime avoir une surcharge de travail. 46 % se déclarent même en détresse morale ou psychologique. 38 exploitations haut marnaises, dont 4 jeunes agriculteurs sont accompagnés par la cellule Réagir. Parmi les besoins exprimés, une très large majorité d’exploitants désire une information simplifiée sur les aides publiques.