Des visites sur le terrain qui ont permis d’échanger sur plusieurs problématiques.

L’agriculture de conservation limite l’impact des aléas climatiques


Le 6 mars le président du Conseil Régional Franck Leroy était en déplacement sur deux fermes haut-marnaises qui pratiquent l’agriculture de conservation des sols (ACS). L’occasion pour les exploitants et la Chambre d’agriculture d’exposer les réalités du terrain.

Puisque 80 % de la surface de notre département est constituée de terres à faible potentiel. Certains exploitants ont choisi une autre voie en pratiquant l’agriculture de conservation des sols (ACS) qui repose sur trois piliers : couvrir les sols (par des végétaux ou des résidus de la culture précédente), limiter (voire supprimer) le travail du sol et implanter une grande diversité de cultures.

C’est un changement de pratiques, « beaucoup d’agriculteurs ont perdu cette notion d’observer leurs sols », constate Antonio Pereira, conseiller en productions végétales à la Chambre d’agriculture, qui souligne que la pièce maitresse pour performer en ACS est la couverture du sol. « Les sols sont travaillés avec les vers de terre et les racines. Pour y arriver il faut savoir couvrir les sols avec des couverts multi-espèces, ne pas se tromper dans le choix des espèces ». Pour lui l’interculture est « une nouvelle culture qu’il faut apprendre à travailler ». L’idée étant d’associer plusieurs espèces de légumineuses, crucifères et graminées. « Avant de penser au matériel à utiliser, il faut penser au système qu’on veut mettre en place », conseille-t-il.

Des atouts mais une période de transition

Les atouts de l’ACS sont multiples. Tout d’abord les légumineuses captent l’azote de l’air pour le restituer à la culture suivante. De plus on limite l’érosion du sol et on développe l’activité biologique. Seulement 0,5 t de vers de terre sont présentes sous un hectare de sol labouré contre 2 à 3 t quand on limite l’intensité ou la profondeur de travail du sol. Or dès que l’on franchit les 2,5 t de vers de terre à l’hectare, les sols sont capables d’absorber 360 mm de pluie en une heure. « Si on veut collectivement limiter l’impact du dérèglement climatique, limitons le travail du sol et couvrons les sols », résume Antonio Pereira.

Mais la période de transition pour passer du conventionnel à l’ACS peut être longue, de 3 à 7 ans en fonction du type de sol. « C’est une période pendant laquelle les agriculteurs peuvent essuyer de gros échecs car le sol n’est pas prêt du jour au lendemain à passer d’un état travaillé de façon mécanique à un état qui ne l’est plus », précise Antonio Pereira qui regrette qu’il n’y ait pas de soutien économique spécifique à l’ACS.

Une régularité de rendements

A Essey les Ponts, l’exploitation céréalière de Gaétan Bouchot regroupe 481 ha pour 13 cultures différentes. L’agriculteur s’est tourné vers l’ACS en 2014 car il avait constaté que deux parcelles voisines n’avaient pas le même rendement. « On a fait des analyses de sol et il y avait moins d’1 % de matière organique. C’est proche du désert, cela veut dire qu’il n’y a plus d’activité dans le sol, on peut mettre de l’engrais autant qu’on veut il ne sera pas utilisé par la plante », raconte l’exploitant.

Des légumineuses pérennes ont été introduites dans les champs et aujourd’hui tous les colzas sont associés à des plantes compagnes. Gaétan Bouchot indique que l’ACS lui a permis d’obtenir une régularité dans ses rendements : « les années où il y a de gros aléas climatiques, que ce soit la sécheresse ou l’excès d’humidité, on voit que nos champs résistent plus longtemps ». Autres avantages, la diminution des apports d’engrais et la réduction de la consomation de carburant. « Avec 100 hectares de plus on utilise presque 20 000 litres de fioul en moins », indique-t-il.

L’ACS n’est pas reconnue

A Bouzancourt, le GAEC de Savry est une ferme en polyculture élevage de 388 ha en ACS. Il y a 6 ans les deux associés, Damien et Franck Thiéblemont, ont mis en place une unité de méthanisation en fédérant une douzaine d’exploitations (dont 6 éleveurs) dans un rayon de 10 km autour de la ferme. Le gisement du méthaniseur, en co-génération, est constitué entre 70 et 75 % d’effluents d’élevage.

Les associés pratiquent le semis direct sous couvert et ne travaillent plus leurs sols. « On est sur un taux de matière organique de 3,3 à 6,5 % dans nos sols », expliquent-ils, là où la moyenne française se situe à 1,6 %. Les éleveurs regrettent que l’ACS ne soit pas reconnue. « On parle énormément de crédits carbone, mais il n’y a pas de différenciation entre un sol labouré et non labouré », déplorent-ils.

Remaîtriser notre agronomie

Thierry Lahaye, président de la Chambre d’agriculture, explique que « l’ACS est un moyen d’aller chercher du revenu par la baisse des coûts de production », qui se traduit par une réduction de moitié du parc matériels et du temps de passage dans les parcelles. Par exemple la production d’un hectare de blé dans un système en semis direct consomme deux fois mois de carburant qu’en conventionnel.

« Quand on est dans des sols caillouteux les situations de risque sont régulières et beaucoup plus fréquentes que dans des zones à meilleurs potentiels », ajoute Thierry Lahaye. « Le système colza – blé – orge arrive à bout de souffle, entrainant des problèmes de salissement de parcelles, alors on a essayé de trouver des solutions. L’ACS a permis de remaîtriser notre agronomie ».

Pour Franck Leroy, président du Conseil Régional Grand Est, ces deux exploitations visitées sont « la démonstration qu’il n’y a pas qu’un seul modèle agricole, mais plusieurs modèles agricoles » qui s’adaptent en fonction des territoires.