Suite et fin des témoignages de la journée sur le travail partagé organisée par la Chambre d’agriculture le 29 avril. Pour pallier au manque de main d’oeuvre, des exploitants ont fait le choix de l’entraide.
Quand il s’installe en 2015 à Laville-aux-Bois, Rémi Cauret s’interroge : « lors de ma première moisson, j’étais dans des champs où il y avait quatre moissonneuses-batteuses en même temps. Ça m’a choqué, je me suis dit qu’il y avait quelque chose à faire ». Sa réflexion va finalement se concrétiser en 2021. « Ma moissonneuse était vieillissante et mon associé était parti en retraite, j’avais donc un problème de main-d’œuvre pour la moisson. C’est là qu’est né le projet d’avoir une moissonneuse en co-propriété avec un autre agriculteur du village ».
Cet exploitant c’est Julien Lanclume, qui lui aussi avait besoin de changer sa moissonneuse. « On avait envie de travailler ensemble. Au lieu de faire notre moisson chacun de notre côté, on a décidé de la faire à plusieurs, c’est plus facile. L’un peut se détacher pour faire autre chose et si quelqu’un tombe malade, on sait que notre moisson sera faite par notre collègue, c’est sécurisant », explique Julien Lanclume.
Les exploitants sont très satisfaits de s’entraider pour les moissons depuis 4 campagnes.
« On est toujours prêt à se rendre service. On a la chance d’être dans le même village, on aurait tort de s’en passer », ajoute Julien Lanclume.
Les agriculteurs s’échangent également du matériel et ont acheté des rouleaux en commun avec un troisième agriculteur, ainsi qu’un épandeur d’engrais. « On voudrait aller plus loin dans le partage de matériel, mais tout en gardant notre autonomie. On veut rester maître sur nos exploitations », indique Rémi Cauret.
Coopération durable
L’entraide va parfois plus loin. C’est le cas de Florent Rallet, polyculteur éleveur bio en Gaec avec sa fille à Cirey-lès-Mareilles et Emmanuel Caussin, polyculteur éleveur en système conventionnel à Mareilles. « On est sortis tous les deux d’un Gaec à un an d’écart et j’avais besoin de main d’oeuvre. L’entraide a été naturelle, nos exploitations sont distantes de seulement 2 km », explique Florent Rallet.
« Quand l’un a besoin d’un coup de main, il appelle l’autre qui vient aider, c’est moins fatigant. Si je suis en fenaison loin de ma ferme, je demande à Emmanuel de venir surveiller mes animaux. Si l’un de nous veut partir en week-end, on demande à l’autre d’aller faire le travail », témoigne Florent Rallet. « La première année on a fait des comptes et la deuxième année on a arrêté, car on estime que ça n’a pas de prix ».
Cette collaboration dure depuis 8 ans. « On travaille tous les jours ensemble, mais on est quand même chacun chez soi. Chacun prend les décisions pour sa ferme et utilise son matériel », précise Florent Rallet. « J’ai fait un terrassement chez Emmanuel pour lui faire un bâtiment, car je suis équipé. Et il viendra nous aider quand on voudra faire notre bergerie ». Les exploitants ont acheté un chariot en co-propriété il y a un mois. Mais si leur collaboration est très importante, les exploitants ne veulent pas pour autant s’associer. « On préfère rester chacun avec sa structure », affirme Emmanuel Caussin.
TM

